En bref :
Le droit à la prise en copropriété permet à chaque occupant d’un emplacement privatif d’installer une borne de recharge pour véhicule électrique. Cependant, un refus en copropriété justifié par des motifs légitimes peut survenir, notamment en cas de projets collectifs votés ou d’incapacité technique. Le recours copropriété impose alors une procédure stricte, avec notification complète, délai de trois mois pour la contestation par le syndic, et éventuellement un recours au tribunal copropriété. Le respect du règlement copropriété et la convocation à l’assemblée générale copropriété sont essentiels au bon déroulement du dossier. Ce cadre vise à prévenir tout conflit copropriété tout en garantissant les droits copropriétaires. Une installation prise électrique en règle repose sur une démarche rigoureuse, une expertise certifiée IRVE, et la conclusion d’une convention d’accès sécurisée. Face à un refus abusif, différentes voies de médiation copropriété et contentieux s’offrent au demandeur pour faire valoir ses droits.
Comprendre le cadre légal du droit à la prise en copropriété et ses conditions
Le droit à la prise est un dispositif fondamental instauré par le Code de la construction et de l’habitation qui donne la possibilité à tout occupant d’une place de parking privative, qu’il soit copropriétaire, locataire ou occupant de bonne foi, d’installer une borne de recharge électrique. Cette mesure répond aux enjeux croissants de la mobilité durable. Le législateur encadre strictement ce droit pour concilier l’intérêt individuel avec la préservation des parties communes et la sécurité électrique des immeubles.
Pour exercer ce droit, il faut suivre une procédure administrative précise, notamment la notification écrite au syndic avec un dossier complet comprenant un descriptif technique précis, un plan d’intervention et un schéma électrique conforme aux normes. Le syndic notifie alors la copropriété en assemblée générale à titre informatif.
Le syndic dispose d’un délai strict de trois mois pour formuler un éventuel refus. Ce refus ne peut intervenir que pour des motifs sérieux et légitimes, comme la présence d’un projet collectif d’infrastructure de recharge adopté en assemblée générale ou une impossibilité technique avérée. Le rejet de la demande pour un motif non justifié est sanctionnable, et un recours copropriété est alors possible.
Un point crucial est que l’installation affecte le réseau électrique commun : la norme NF C 15-100 oblige notamment la mise en place d’un circuit dédié, d’un dispositif différentiel adapté, d’une section de câble conforme, et garantit la mise à la terre sécurisée. L’installateur certifié IRVE s’assure de respecter ces exigences et fournit les documents nécessaires à la validation de la demande.
Dans les copropriétés, une attention particulière est portée à la sécurisation des accès et interventions sur les parties communes. Une convention entre le syndic et l’installateur est ainsi obligatoire avant le début des travaux pour préserver la responsabilité et la garantie décennale de chacun.

Motifs légitimes de refus du droit à la prise en copropriété et cadre des recours
Le syndic de copropriété peut opposer un refus à une demande d’installation de borne électrique uniquement dans des cas encadrés par la loi. Parmi ces motifs légitimes figurent :
- Un projet collectif d’équipement voté en assemblée générale : le syndicat peut refuser une installation individuelle quand une infrastructure commune est validée. Ce projet doit être mis en œuvre dans un délai raisonnable (six mois en général).
- L’impossibilité technique avérée : une installation perturbant la sécurité électrique, par exemple dans un ancien immeuble avec des équipements vétustes incapable d’encaisser la charge supplémentaire, peut justifier un rejet.
- La non-conformité de la demande : un dossier incomplet ou non conforme aux obligations réglementaires (absence des plans ou schémas électriques, non-respect de la norme NF C 15-100) est recevable en refus.
- Un accès aux parties communes refusé ou insuffisant : sans convention claire définissant les conditions d’intervention de l’installateur, le projet ne respecte pas les exigences de sécurité et de responsabilité.
Dans tous les cas, le syndic doit notifier le copropriétaire formalement et saisir dans le délai de trois mois le tribunal copropriété par une procédure accélérée s’il souhaite contester la demande. À défaut, le droit à la prise est acquis et l’installation peut se poursuivre légalement.
Lorsqu’un refus survient, le copropriétaire dispose de plusieurs leviers :
- Communication directe avec le syndic pour comprendre précisément le motif et envisager des ajustements techniques.
- Participation à l’assemblée générale copropriété pour exposer le projet, mobiliser les autres copropriétaires et tenter une résolution collective.
- Recours amiable par médiation copropriété pour désamorcer les tensions liées au conflit copropriété.
- En l’absence d’accord, saisine du tribunal judiciaire pour faire respecter ses droits, fondée sur la jurisprudence récente notamment l’arrêt du 11 septembre 2025 qui souligne l’importance des formalismes.
Le tribunal rappelle qu’un refus en copropriété sans motif sérieux expose le syndic à des sanctions, dont des astreintes financières, l’obligation de remise en état, voire la condamnation aux dépens.
La procédure complète pour une installation de prise électrique : obligations et démarches
Pour éviter tout refus et litige, le copropriétaire ou occupant doit constituer un dossier technique complet avant de notifier le syndic. Ce dossier inclut :
- Un descriptif précis des travaux prévus avec le type de borne et son bilan de puissance.
- Un plan technique d’intervention détaillant les passages de câble et les mesures de sécurité.
- Un schéma de raccordement électrique conforme aux normes et réalisé par un installateur certifié IRVE.
Ce dernier est un professionnel habilité garantissant la sécurité électrique. Le recours à un installateur IRVE est une obligation en copropriété pour bénéficier de la garantie de conformité et éviter un refus lié à un dossier incomplet. L’installateur est aussi chargé de transmettre les documents nécessaires au syndic et d’assurer la conformité aux normes NF C 15-100.
Après réception de la demande complète, le syndic doit inscrire le projet à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale copropriété mais sans vote obligatoire. Pendant ce délai, le syndic peut saisir le tribunal pour contester la demande. Le défaut de réaction dans les trois mois entraîne l’acquisition du droit pour le demandeur.
Si les travaux concernent des parties communes, l’autorisation de l’assemblée générale est impérative. Une convention formalisant les modalités d’accès et d’intervention du prestataire dans les parties communes doit être signée avant tout début des travaux pour respecter les articles L.113-17 et R.113-9 du Code de la construction et de l’habitation.
Le suivi administratif implique en outre une déclaration auprès du Consuel pour vérification de conformité, et une demande d’intervention auprès d’Enedis si une modification du raccordement est nécessaire.

Sanctions en cas de non-respect du droit à la prise : jurisprudence et cas concrets
Le tribunal judiciaire de Paris, via sa décision du 11 septembre 2025, illustre rigoureusement les risques encourus par des copropriétaires s’affranchissant du cadre légal. En l’espèce, des copropriétaires avaient installé une borne sans autorisation ni dossier conforme, passant des câbles dans les parties communes sans accord.
Le tribunal a exigé :
- La dépose rapide de l’installation par une entreprise qualifiée.
- La remise en état intégrale des parties communes affectées.
- Le paiement d’astreintes financières de 100 euros par jour de retard, potentiellement cumulables jusqu’à 6 000 euros.
- Le versement au syndicat des copropriétaires des frais de constat d’huissier, des frais de justice et des indemnités au syndic.
Cet arrêt marque clairement que la conformité juridique prime sur le simple respect technique sécurisé. Le certificat Consuel ou une déclaration unilatérale ne suffisent pas à consolider une installation réalisée à l’encontre des règles de copropriété.
Les conséquences pratiques pour un copropriétaire sont lourdes : des coûts importants, un préjudice d’image et surtout un conflit durable avec la copropriété pouvant détériorer les relations entre voisins.
Il importe donc d’anticiper toutes les obligations, en s’appuyant sur la norme NF C 15-100, la certification IRVE, et le respect strict des procédures.
Aides financières et conseils pour sécuriser votre projet d’installation en copropriété
Le droit à la prise impose au demandeur de prendre en charge les frais d’installation et d’équipement. Ces coûts varient généralement de 1 200 à 3 500 euros selon la complexité et la configuration électrique. Heureusement, plusieurs aides sont mobilisables :
| Aide Financière | Montant/Condition | Procédure |
|---|---|---|
| Crédit d’impôt CIBRE | 75 % des dépenses éligibles, plafonné entre 300 et 500 € | Déclaration fiscale avec justificatifs d’achat et d’installation |
| Programme ADVENIR | 50 % du coût HT fourniture et pose, plafonné à 600-960 € | Demande via installateur certifié IRVE, cumul possible |
| TVA réduite | Taux à 5,5 % applicable au matériel et installation | Facturation par professionnel certifié IRVE |
| Aides régionales/locales | Variable selon collectivités | Renseignez-vous auprès de votre mairie ou conseil régional |
Par ailleurs, pour sécuriser votre projet et éviter un conflit copropriété, il est conseillé :
- De consulter systématiquement l’historique des assemblées générales pour vérifier d’éventuels projets collectifs.
- D’échanger avec le conseil syndical et le syndic avant toute démarche.
- De recourir à un installateur IRVE reconnu pour garantir la conformité technique.
- D’instaurer une convention d’intervention claire avec le syndic pour la maintenance et l’accès au réseau électrique commun.
- De vérifier votre contrat d’assurance habitation incluant la prise en charge des bornes et des risques potentiels liés à l’installation.
Ces bonnes pratiques facilitent la réussite du projet et assurent un équilibre entre le respect des règles collectives et les besoins individuels de recharge électrique, tout en réduisant les risques de litiges.



